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Banques
Le secteur bancaire congolais et la croissance économique
 
Le débat sur le lien entre le secteur bancaire et la croissance économique congolaise ne cesse de défrayer la chronique. La difficulté étant celle d’une part, de définir, de mesurer le développement du marché financier et d’analyser les causalités évidemment croisées entre le développement du système financier et la croissance économique, et d’autre part, celle de définir des politiques publiques adaptées, susceptibles de trouver un équilibre satisfaisant entre les imperfections des marchés, qui peuvent se traduire par des crises mais aussi de guider le développement financier pour en maximiser l’impact sur la croissance économique à long terme. Cet article examine l’impact du développement du secteur financier sur la croissance économique au cours de trois dernières années en RDC.
La description d’un système financier et l’appréciation de son efficience ne peuvent s’arrêter à la seule mesure de sa taille, comme semble l’indiquer certains compatriotes qui gèrent la chose publique. Actuellement, le nombre de banques opérationnelles au Congo-Kinshasa ne cesse d’accroitre. En effet, entre 2002 et 2009, il est passé de 13 à 22 (dont 17 déjà opérationnelles) et les projections prônent pour 24 banques opérationnelles d’ici fin 2010. Mais au-delà de cette augmentation, on doit s’interroger sur le volume d’épargne collectée et le financement distribué ; la nature des capitaux et la façon dont ils sont affectés. Ces éléments sont d’une importance capitale pour juger de la qualité du système financier et de son aptitude à influer sur la croissance économique. En d’autres termes, la structure des comptes et la taille de banques joue un rôle majeur dans l’évaluation du développement financier. L’analyse de cette structure renvoie naturellement à de nombreuses caractéristiques, dont les modalités de fonctionnement du marché financier et/ou bancaire, la forme de régulation,…qui encadrent les activités financières à travers la banque centrale du Congo.
Par ailleurs, l’évolution récente des bilans des banques congolaises renseigne, en termes d’avoirs, un volume qui se chiffre respectivement de 1.225,31 millions Usd américains en 2007, en 1.664,47 millions Usd et en 1.612,1 millions Usd en 2009. Cette tendance des avoirs bancaires indique que le secteur bancaire congolais est en expansion au cours de trois dernières années, bien qu’en 2009 l’on ait connu une légère baisse. Succinctement, le total bilantaire des banques, pour tout le système bancaire, s’élevait à plus de 1,6 milliard Usd à fin 2007, soit 12% du produit intérieur brut congolais, 14,05% à fin 2008 et 12,6% à fin 2009 contre une moyenne africaine de 32%. D’après le rapport Making Finance work for Africa de la Banque mondiale. L’évolution de cet indicateur mérite un encouragement mais le plus difficile reste à faire pour atteindre le gap de 32% du Produit Intérieur Brut, à l’instar d’autres pays africains.
L’examen du lien de causalité entre le secteur financier et/ou bancaire et la croissance économique au Congo-Kinshasa passe par l’examen de différents canaux de transmission de flux financiers sur la croissance. Selon l’approche qu’adopte la majorité des chercheurs, l’appréciation de la causalité entre les deux agrégats passe, entre autres, par l’examen du volume du crédit accordé à l’économie, qui représentait en moyenne entre 5,7 % et 6,3% du Produit intérieur brut congolais contre une moyenne africaine de prés de 18 % entre 2007 et 2009. Il a été observé qu’au cours de la période de 2007 à 2009, les crédits accordés à l’économie congolaise ont enregistré un taux d’accroissement moyen de l’ordre de 32% en 2007, 46% en 2008 et 45 % en 2009 correspondant respectivement à 136,71 millions de dollars à 2007, 759,08 millions en 2008 et 725,29 millions de dollars en 2009.
Il ressort donc cette analyse que la reforme bancaire entreprise depuis 2007 et qui s’est couronnée par la publication de la nouvelle loi bancaire en 2002, semble avoir contribué largement à ces résultats. Ce comportement encourageant a été également prévisible à travers l’évolution et l’accroissement des dépôts bancaires. Au cours de ladite période, les dépôts de la clientèle a connu un accroissement. Ils sont passés respectivement de 837,3 millions Usd en 2007, 1.142,9 millions Usd en 2008 à 965,77 millions de dollars en 2009.
Il se dégage donc de cette analyse qu’au cours de trois dernières années, l’activité bancaire congolaise s’est nettement améliorée. On note cependant, bien que la corrélation soit maintenant largement admise, le sens de causalité reste contesté opposant, d’une part le développement financier à l’offre des services financiers et d’autre part, le développement financier endogène induit par la demande des services financiers.
En outre, les systèmes de paiement évoluent en parallèle et en interaction avec la croissance économique. La croissance entraine des gains de productivité, mais aussi une ouverture continue de nouveaux marchés, une complexité croissante des échanges qui renforcent la monétisation des économies, nécessaire à son tour pour soutenir le volume d’activités économiques dont le taux annuel du Produit intérieur brut a évolué respectivement de 4,3% à 5,4 % entre 2007 et 2009. Toutefois, le niveau très faible des crédits privés accordés par le secteur bancaire et l’absence d’une capitalisation boursière au Congo-Kinshasa font que la sphère financière soit encore déconnectée de la base réelle de l’économie congolaise.
Par ailleurs, l’accroissement du nombre de banques dans le pays pose actuellement problème. Bien que cette multibancarité intensifie la concurrence entre les banques, mais n’a pas que des effets bénéfiques sur les activités économiques. Surtout lorsque la régulation bancaire ne permet pas une bonne sélection des institutions bancaires de qualité.
Une bonne politique de supervision bancaire et de régulation est celle qui doit permettre que la libéralisation soit effective et qu’elle concourt à la réduction du coût du crédit grâce à des innovations financières, mais également elle doit permettre d’ajuster l’offre et la demande de financement à un niveau supérieur, autrement dit augmentent le volume de l’épargne investie. Simultanément, elle doit améliorer la sélection des investissements et donc la productivité marginale du capital par une meilleure allocation des ressources. Que dire de la multibancarité congolaise actuelle ?
La multibancarité favorisera-t-elle la progression du crédit?
Depuis le début de la présente décennie, l’on observe un accroissement du nombre de banques opérationnelles (et d’autres qui les seront bientôt), avec lesquelles les entreprises congolaises ont et/ou pourront avoir des relations de crédit. Comme nous l’avons indiqué précédemment, le système bancaire congolais est caractérisé par une vingtaine de banques. Mais au-delà de cette augmentation, on doit s’interroger sur le risque que cours l’économie congolaise du fait de cette multiplication des banques. Ce risque pourrait exercer deux effets opposés sur l’offre de crédit : d’une part, il tendrait à accroître la probabilité d’un rationnement de crédit dans la mesure où il rend l’information sur l’entreprise moins transparente (hypothèse d’opacité) ; d’autre part, il tendrait à réduire la probabilité d’un rationnement dans la mesure où l’accroissement du nombre d’offreurs augmente, de façon quelque peu mécanique, la quantité de fonds que l’entreprise peut obtenir (hypothèse de diversification des sources de financement).
Ces éléments sont importants pour juger de la qualité du système financier que l’on veut mettre en place et de son aptitude à influer sur la croissance économique. Les entreprises congolaises à travers la fédération des entreprises congolaises montrent une préférence accrue pour la multibancarité. Toutefois, si celle-ci progresse, la proportion des entreprises mono-bancarisées reste encore importante (près de 80 %) à la fin des années 2008. Celles-ci sont principalement des entreprises de petite taille. Ici, la multibancarité est mesurée en termes de relations avec une ou plusieurs banques. L’observation de fait montre en effet qu’une entreprise entretient souvent des relations avec plusieurs banques commerciales.
L’accroissement du nombre de banques a-t-elle eu un impact sur la disponibilité du crédit ? Les statistiques disponibles révèlent qu’entre 2007 à juin 2009, le volume du crédit n’a cessé de s’accroitre. La question qui mérite d’être posée est celle de savoir : si l’accroissement du volume de crédit est dû au fait de la multiplicité des banques ou si cela serait le fait de l’amélioration des activités économiques en RDC depuis 2002 ?
En premier lieu, l’augmentation du volume du crédit va de pair avec le nombre de banques et la quantité moyenne de crédit bancaire octroyé à l’économie. En second lieu, au-delà, c’est-à-dire pour une multibancarité de 22 à 24 banques, le montant moyen des crédits accordés tend à augmenter au cours de la période.
De manière générale, on observe que le nombre banques tendent à augmenter avec la quantité de crédit offerte. Cette augmentation est conforme à l’hypothèse de diversification. Elle peut être interprétée probablement du côté des banques comme étant un avantage à partager les risques de crédit avec d’autres banques, malgré la perte de transparence de l’information qui résulte de cette situation.
Toutefois, une analyse plus fine semble révéler que l’offre de crédit de la banque ancienne tend à diminuer lorsque le nombre de banques dépasse un certain seuil. Cette observation laisse à penser qu’une multibancarité tend peut-être à s’accompagner d’une détérioration de la qualité de la relation de clientèle-banques.
Dans une étude que nous sommes en train de préparer, nous voulons, à partir d’un modèle économétrique expliquer la multibancarité en fonction de trois types de variables : des variables traduisant le niveau des besoins de financement de l’économie, des variables traduisant le niveau de son risque et des variables temporelles. En théorie, à une taille plus importante est associé un niveau d’information plus élevé, ce qui devrait favoriser la multibancarité, la banque ancienne perdant moins d’information lorsque le nombre de ses concurrents augmente.
Les variables de besoins et de risque permettent aussi de conforter l’hypothèse : à des besoins plus importants correspondent des traitements d’information plus complexes, à un risque plus élevé correspond également un besoin de traitement de l’information plus grand.
Crispin Malingumu syosyo et Romain Munda Mulowayi
Le Potentiel du 25.05.10
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